Le Parloir des plantes
Résidence à La Marelle
Le Parloir des plantes est un projet co-créé avec Guillaume Pascale et initié durant une résidence d’écriture numérique offerte par La Marelle et Alphabetville à la Villa des auteurs de la Friche de la Belle-de-Mai, à Marseille.
Origine du roman
Alors que je vis encore au Québec et qu’un épais manteau de neige recouvre Montréal, je me réfugie dans les souterrains de la ville. Là, dans le capharnaüm de musique et lumière criardes d’un immense mall, je présente à mon partenaire de création mon nouveau projet. Je souhaite voir quelles histoires et langages peuvent émerger si on apprend à écouter le silence des plantes. En effet, ce silence autour d’entités qui prennent autant de place dans nos vies (écosystèmes, médicaments, agriculture, plantes d’intérieur, végétation urbaine, etc.) attise mon intérêt littéraire, réveille mon obsession pour les bords du langage. Je me demande si par le biais d’instruments numériques il serait envisageable de transcoder des données issues d’un jardin ou d’un terrain et de les convertir en langage.
En 2023, j’initie donc un travail de recherche-création en collaboration avec l’artiste Guillaume Pascale, dans l’idée de faire dialoguer littérature et art numérique, avec pour ambition de détraquer le regard humain sur les plantes au moyen de la littérature et des nouveaux médias. Le projet composé en duo connaît ses premières pousses sous le nom du Parloir des plantes au sein de la résidence d’écriture numérique offerte par la Marelle et Alphabetville, dans la Villa des auteurs de la Friche de la Belle de mai à Marseille. Durant ce temps d’exploration, je réalise des recherches sur les systèmes racinaires et la communication entre plantes, mène des discussions avec la botaniste Véronique Mure, enseignante à l’École nationale supérieure de paysage à Marseille et passe de longs moments à observer le jardin et la friche alentour.
© Université de Wageningen, Pays-Bas
À l’issue de cette expérience, la recherche plastique et numérique me parait toujours pertinente et nous décidons d’ancrer le récit en Camargue, proche de notre lieu de vie. Cette proximité nous permet d’expérimenter notre méthodologie dans un biotope particulier et propice à faire émerger un récit pertinent. Cependant l’imaginaire des fragments produits est déjà fortement teinté de mon expérience dans les forêts et zones humides québécoises. L’histoire n’en est qu’à ses balbutiements et l’envie d’en faire un format plus long, de questionner les dispositifs et manières de faire ainsi que d’approfondir les recherches en écopoétique se fait sentir.
Comment composer avec la torpeur des plantes de marais ? Comment se jouer de leur fixité pour imaginer une dramaturgie des plantes ? Comment éventuellement mettre en place une fixion, une fiction de la fixité ? Comment créer une écriture phytomorphisée sans évacuer l’humain ni sombrer dans un désir de symbiose mimétique ? A contrario d’un point de vue humain, qu’est-ce que le silence frémissant fait résonner en nous ? Quels liens se trament sans bruit ? Et comment manifester cet étrange réseau de sens du monde végétal ?